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indignez-vous

  • Situation au Burkina Faso, communiqué du PCF

    http://www.pcf.fr/81203

    Ouagadougou : "S'attaquer aux causes profondes qui rendent possibles ces 
    actes inqualifiables"

    Le Burkina Faso vient d'être frappé par un acte d'une violence ignoble 
    au centre de Ouagadougou dans un restaurant et deux hôtels. Le PCF 
    exprime sa solidarité avec les familles des victimes et avec le peuple 
    burkinabé.

    L'attentat aurait été revendiqué par Al-Qaida au Maghreb islamique. Un 
    des objectifs des commanditaires serait d'étendre leur zone d'action 
    mortifère dans la zone sahélienne et de s'en prendre à des symboles.
    Le Burkina Faso est ciblé également parce qu'il se trouve dans une 
    situation potentiellement fragile. L'attaque intervient alors que le 
    gouvernement et la nouvelle Assemblée nationale viennent d'être 
    installés à la suite des élections post-insurrections, et que le peuple 
    burkinabé a su déjouer une tentative de coup d'Etat.
    Nous n'oublions pas que longtemps, l'ancien président Blaise Compaoré a 
    été la tête de pont des déstabilisations en Afrique de l'ouest, au 
    centre de nombreux trafics et de liens troubles avec des réseaux du 
    banditisme et de l'obscurantisme au Sahel.
    Au-delà des réponses de sécurité et de justice, pour savoir qui se cache 
    derrière les auteurs des attentats et pour mettre à jour les complicités 
    et les objectifs de certains groupes dans les pays voisins, il s'agit de 
    s'attaquer aux causes profondes qui rendent possibles ces actes 
    inqualifiables.

    PCF, le 16 janvier 2016

     

     

    http://www.pcf.fr/81203

  • 2016 , c'est reparti....

    Bonjour à tous, le blog a été en sommeil depuis plusieurs mois, 2016, on repart.

    Une boucle étant bouclée et pour mémoire, ce qui a été à l'origine de la création de ce blog, sur conseil du professeur Michel Galy, que je salue ici:

    Devoir de mémoire, notre texte de 2010, nous y disions l'essentiel.Devoir de mémoire, celà nous a valu l'ordure de Libération et de Sabine Cessou et a eu le mérite de Créer la jurisprudence Kouamouo.
    Et la Cessou, elle est Ouaga ? En attendant le blog repart et je le relaye sur facebook.

    Karine Ballon​

    ps: il faudra un jour que Libération, qui fait honte à son nom, rende des comptes devant le tribunal de l'histoire sur ses responsabilités en Côte d'ivoire, et avec ce torchon, ses Messieurs Dames Afrique, Thomas Hofnung ( qui n'a qu'un F car il ne porte pas l'espoir), Sabine Cessou , Maria Malagardis ( à qui on doit un prisonnier politique de plus) and co.
    Un tribunal pour les journalistes collabos de la françafrique ? je suis pour.
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    Des intellectuels africains et occidentaux ont procédé au lancement d’une «campagne internationale de pétition et de mobilisation contre toute intervention militaire en Côte d’Ivoire et pour des solutions pacifiques à la crise post- électorale ». La cérémonie s'est déroulée mercredi matin, à Paris. Diasporas.fr vous donne en intégralité le texte de l’appel.

    Profondément convaincus qu’une intervention militaire en Côte d’Ivoire serait de nature à aggraver une situation qui est suffisamment tragique, et plongera à coup sûr le pays et la sous- région dans la tourmente, les signataires de la présente lettre ouverte en appellent aux opinions publiques de toutes les nations et aux gouvernements de tous les pays épris de démocratie, de paix et de liberté, afin d’enrayer la menace de guerre qui plane sur ce pays.
    Dans le cas hypothétique où en dépit du bon sens et après une dizaine d’années de crise armée et de partition, la menace d’intervention armée serait mise à exécution – peu importe par une force impérialiste étrangère classique ou par une coalition africaine - celle-ci ne serait guère que le premier acte d’un enchaînement de violences, de carnages et de massacres appelé à bouleverser l’Afrique de l’Ouest toute entière. C’est la raison pour laquelle nous, intellectuels africains et occidentaux, sommes fondés de dire « Non ! » à toutes les logiques médiatiques, militaires et politiques qui conduiront à coup sûr une nouvelle fois à un désastre en Afrique .
    Cinquante ans après les Indépendances, faut- il ajouter un nouveau corps expéditionnaire aux 1000 hommes de la force Licorne française, et aux 9OOO de l’ONUCI ? On n’ose imaginer une intervention française directe, comme en 2004, qui mettrait en danger les 15000 ressortissants français de Côte d'Ivoire : les gouvernants actuels, à Paris, en seront tenus personnellement responsables !

    A-t-on besoin de « nouveaux tirailleurs » ouest africains, quant on sait que la plupart de ces pays sont- comme les instances internationales, qu’il s’agisse de l’ONU ou des organisations africaines , perméables aux manipulations de Paris, de Washington ou de quelque puissance impériale ? Que dire de ces désastreuses interventions de l’ECOMOG, bras armé de la CEDEAO, qui se sont traduites au Libéria et en Sierra Leone par des massacres de civils et des pillages en tout genre, sans parler de l’expérience tragique des Casques bleus de l’ONU au Congo, et de la fin de Patrice Lumumba ? On en connaît hélas la suite !
    L’histoire de l’Afrique de l’Ouest et de la Côte d’Ivoire montre qu’une telle intervention à Abidjan se traduirait par une résistance civile et des actions sanglantes devant une armée d’occupation ; puis certainement des massacres urbains entre ivoiriens, et /ou entre ivoiriens et étrangers, qui gagneraient l’ensemble du territoire dans des combats fratricides : l’horreur du Rwanda devrait elle recommencer sous nos yeux par l’irresponsabilité illimitée des marchands de canons et des impérialismes d’un autre âge ? Pour nous, c’est clair : ni l’intervention militaire ni la guerre civile et les bains de sang prévisibles ne constituent des fatalités en Côte d’Ivoire ou ailleurs.

    Une autre issue est possible, en effet, pour les démocrates qui mesurent de manière lucide et responsable les enjeux de principes de Liberté, de démocratie et d’éthique dont se charge la crise ivoirienne, et les rares intellectuels qui n’ont pas peur de prendre leurs responsabilités vis-à-vis de leur propre conscience d’abord, ensuite vis-à-vis des autres. Il est donc question, ici et maintenant, d’aller à contre- courant du lynchage médiatique de la Côte d ’Ivoire et des appels au meurtre des va-t-en guerres et des boutefeux, et s’engager résolument pour la Paix et non pour la Guerre !

    Dès lors, aucune initiative ne devrait être négligée ni dénigrée, encore moins suspectée. C’est la raison pour laquelle nous appuyons inconditionnellement tous les pas pratiques en direction du dialogue et de l’apaisement en Côte d’Ivoire. Depuis les propositions et les formules des médiateurs extérieurs pour des négociations directes et/ou indirectes entre les principaux protagonistes, jusqu’aux interventions des artistes et des écrivains, des poètes et des musiciens, des Eglises et mouvements religieux ; des autorités traditionnelles et coutumières, des Organisations des droits de l’homme et de la société civile, etc., sans oublier les actions des parlementaires et sénateurs, des syndicalistes et des associations civiles et professionnelles des villes et des campagnes, de l’industrie et du commerce, des cadres, de professeurs d’Université, des avocats et professions libérales, pour ne citer que ceux-là. Toutes ces formes de pacification doivent être essayées et encouragées !
    Intellectuels et artistes, hommes de culture et de science d’Afrique, d’Occident et du Monde, mobilisons-nous pour inventer une solution pacifique à la crise post-électorale en Côte d’Ivoire, refusons les prétextes aux ingérences et interventions extérieures !

    UN COLLECTIF D’INTELLECTUELS FRANCO AFRICAINS ET DE CITOYENS ENGAGES

    Pour signer ce texte : nonalintervention@yahoo.fr (Nom, profession ou fonction, lieu)

    PREMIERS SIGNATAIRES :

    ALBERT BOURGI (Professeur de Droit, Paris), Professeur MALICK NDIAYE, (Sociologue, Université Cheikh Anta Diop de Dakar) ,MICHEL GALY (Politologue, Paris), DENIS PRYEN(éditeur, Directeur Général de L’Harmattan,Paris)AMINATA DRAMANE TRAORE(écrivain – Bamako) ;GUY LABERTIT(ancien délégué Afrique du PS, Vitry) ;JEAN ZIEGLER (Sociologue, Suisse), TIENDREBEOGO NORBERT MICHEL(député, Burkina Faso), ,CALIXTHE BEYALA (écrivain, Paris),LILIANE BRIDJI(journaliste, Abidjan), Angèle GNONSOA(historienne,Abidjan) ; FRANCOISE CAUJOLLE (philosophe, Toulouse), Christian M. ZOHOCON ( président des « amis de Présence Africaine », Grenoble) THEOPHILE KOUAMOUO (journaliste, Abidjan), DIDIER MAGNIN( Thorens Glières ) , AMATH DANSOKHO( Journaliste, secrétaire général du PIT, Dakar ; MELISSA Félicité GNAORE(artiste, Abidjan) ; Professeur ABEJE BERHANU ( University of Addis-Ababa, Ethiopie ) ; AYALA BAKABA (Productrice de cinéma, Abidjan) ; Karine Ballon (documentaliste Grenoble ) Dominique BANGOURA( Politologue, Sorbonne ); Paris ; Me Patricia HAMZA( Avocate, Abidjan) ; Paulin DJITE( chevalier dans l’Ordre des Palmes Académiques, Sydney, Australie) ; Professeur Laure Clémence CAPO-CHICHI( Université d’Abomey -Calavi, Cotonou );ALAIN MITTOU( historien, Toulouse) ; Dr. Samuel HAKIZIMANA( Rwanda ); Charles S. AKIBODE( historien, Praia, Cap-Vert) ; Vaber Douhouré, (metteur en scène franco-ivoirien , Grenoble), KARINE BALLON (documentaliste, Grenoble ) Professeur Essé AMOUZOU( Togo) ; Yves LODONOU( Journaliste, Togo) ; Prof Benoît Awaza Mbambi KUNGUA (Cameroun ); HERVE PENOT(journaliste, Paris) ; Me TAPI Sylvain (avocat, Bruxelles) ; M. MILANDOU Gérard(président UFR, Congo Brazzaville ); Jean-Pierre KESANDE (A.i.p.e Lumumba, R D Congo) ; François MANGA-AKOA ( Analyste politique, Cameroun) ; Vincent Maillot (artiste de cirque, Réunion); Francis Mangle (avocat à la cour, Abidjan) ; GNAHOUA G. Ambroise (juriste, Dakar, Sénégal) ; ZIGUELE Martin ( Consultant, Bangui ,RCA) ; ARTIGUELONGUE Michèle (sociologue , Toulouse) ; BEATRICE TRAORE (doctorante en communication, Bordeaux), ADIKO MARCELLINE (ethnobotaniste, Abidjan) ; ALEXANDRE BAÏRO (juriste, Abidjan) ; ETIENNE TRAORE (enseignant à l’ Université , Député à l'Assemblée Nationale, Ouagadougou); Jean Marie Teno (cinéaste,Cameroun); Jacqueline ANDOCHE (anthropologue , St Denis de la Réunion) ; Professeur J. LO BIANCO ( Australian Academy of the Humanities, The University of Melbourne, Australie ) ; FLORA MERCIER (enseignante, Voray sur l'Ognon) ; IBRAHIMA NDIAYE( Ingénieur, Prague) ; EMMANUEL FAUROUX (anthropologue, antananarivo) ; Nora Ansell-Salles Journaliste (France) ; Me Christian Legrand, Avocat barreau de Paris ; LISBET HOLTEDAHL( l'Universite de Tromsø, Norvege) ; Dr Modibo DIAGOURAGA: Franco-malien, Philosophe politique, paris) ; ABBAS AL HUSSEINI (historien/politogue Cote d'Ivoire); Christiane Rorato , réalisatrice Paris ; Jean-luc Pujo ( Président des Clubs "Penser la France, Paris) ; Miézan Tanoé Analyste en Informatique de gestion) ; cece touali, Analyste financier, Paris ; Adjo Guebi Noel Enseignant-Chercheur, Maitre de conférences Université de Bouaké , Abidjan ; Dr. Lubanzadio, mavatikua (Geoscientist, London); Alain TOH (Sociologue, Canada), Jean-Raphaël NDJADI (Anvers, Belgique);

    http://www.politique-actu.com/debat/cote-ivoire-toute-intervention-militaire-appel-international/223597/

  • Ouattara verrouille sa réélection en Côte d'Ivoire 23 octobre 2015 | Par Fanny Pigeaud

    Ouattara verrouille sa réélection en Côte d'Ivoire

     

    |  Par Fanny Pigeaud

     

    Ce dimanche est jour de présidentielle en Côte d’Ivoire. La précédente, en 2010, avait opposé au second tour Laurent Gbagbo à Alassane Ouattara et débouché sur une crise militaro-politique sans précédent. Le contexte est aujourd’hui différent mais les tensions sont toujours fortes et le scrutin est sujet à caution.

     

     

     

    « Notre bilan est largement positif, inattaquable », a prévenu Ouattara, 73 ans et candidat à sa succession pour le compte du Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), la coalition au pouvoir. Le président sortant compte visiblement être réélu et ce, dès le premier tour, comme le suggère l’un de ses slogans de campagne : « Un coup, K.-O. ! » Il lui faut une victoire incontestable pour faire oublier le scrutin de 2010. Cette année-là, l’élection a été entachée de nombreuses irrégularités, cachées ou minimisées par les Occidentaux qui le soutenaient. Ouattara n’a dû son installation au pouvoir qu’au forcing de son ami Nicolas Sarkozy et à l’intervention de l’armée française. 

    Aujourd’hui, Ouattara est fort de plusieurs atouts. Comme en 2010, il a l’appui de Paris. Depuis 2011, il a fait ce que la France attendait de lui : des entreprises françaises, dont Bolloré et Bouygues, ont remporté des marchés importants ; la base de l’armée française implantée à Abidjan, que Gbagbo voulait voir supprimée, a été renforcée ; il a défendu quand il le fallait le franc CFA, etc. Pour gagner, Ouattara peut également compter sur une stratégie de communication bien huilée et des moyens financiers sans commune mesure avec ceux de ses sept concurrents, dont aucun ne bénéficie du soutien total d’un parti politique de poids. 

    Le président sortant a en outre l’avantage d’avoir un bon bilan économique, avancent ses partisans. Depuis 2011, la croissance dépasse 7 %, le gouvernement a réalisé de nombreux travaux visibles par les électeurs : des ponts, un barrage, quelques milliers de classes, ont été construits, des routes ont été rénovées, des autoroutes ont vu le jour, des universités ont été « réhabilitées », etc. Les autorités revendiquent aussi la création de 20 000 entreprises, les hommes d’affaires étrangers fréquentent assidûment Abidjan, les bailleurs de fonds prêtent de nouveau de l’argent au pays. Le siège de la Banque africaine de développement (BAD), déménagé à Tunis sous Gbagbo, est revenu à Abidjan. Pour qualifier cette effervescence, des économistes parlent de « nouvel élan » ou de « rebond » économique.

     

     


    Meeting de campagne du RHDP, le parti de Ouattara, à Yamoussoukro, le 9 octobre 2015. © REUTERS/Thierry Gouegnon
     
     

    Les détracteurs du président-candidat sont moins positifs. Selon eux, une bonne partie des projets d’infrastructures réalisés ces dernières années étaient prévus depuis longtemps. Mais ils n’ont pas pu être concrétisés à cause des troubles causés par la rébellion pro-Ouattara qui a coupé le pays en deux à partir de septembre 2002 et imposé à Gbagbo un gouvernement qu’il ne contrôlait que partiellement.

    Alors qu’elle a bénéficié d’importantes remises de dettes en 2011, la Côte d'Ivoire est de nouveau très endettée, déplorent en outre les opposants. Ils ajoutent que la croissance est loin d’être partagée, un fait reconnu par tous. « La Côte d’Ivoire est confrontée à des taux de pauvreté inquiétants », a ainsi indiqué, fin 2014, le chef des opérations de la Banque mondiale en Côte d’Ivoire. Un habitant sur deux est pauvre et le pays est classé au 171e rang sur 187 États par l’indice de développement humain.

    La qualité de la gestion publique par l’équipe au pouvoir est également jugée problématique par les experts. « Le niveau des détournements de fonds publics n’a jamais été aussi élevé en Côte d’Ivoire », confiait dès 2012 un cadre d’une institution financière internationale. Le nombre de marchés passés de gré à gré a lui aussi explosé. Le FMI, ancien employeur de Ouattara, a dû, en 2014, inviter « fortement les autorités à redoubler d’efforts pour améliorer l’efficience et la transparence des dépenses publiques ». Selon Jean-Michel Lavoizard, un analyste français interrogé par l’agence ivoirienne de presse Alerte Info, « depuis trois ou quatre ans, on n’a pas vraiment d’idée sur le taux de survie et l’avenir des sociétés créées » et « le climat des affaires est loin de correspondre à ce qui est dit tous les jours par les médias de tous formats, locaux et internationaux ».

    Il y a plus préoccupant : alors que les autorités affirment que la Côte d’Ivoire est « apaisée », le climat politique reste en réalité exécrable. « Certes, il y a de la croissance, mais elle n’est pas soutenable parce que le pays est très fragile politiquement », estime ainsi un économiste. C’est ce qui a fait dire, le 16 octobre, à l’ancien diplomate Amara Essy, ministre des affaires étrangères du président Félix Houphouët-Boigny : « La Côte d’Ivoire est une cocotte-minute qui bout. J’espère qu’on sortira indemnes de cette élection. »

    Amara Essy, qui est aussi cadre du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), membre du RHDP, était candidat à la présidentielle. Mais le 13 octobre, il a retiré sa candidature, expliquant : « Je ne me rendrai pas complice d’une mascarade électorale que certains de nos amis ont le bien grand tort de considérer comme une élection de consolidation du pouvoir en place. » Il a été imité presque aussitôt par Mamadou Koulibaly, président de l’Assemblée nationale sous Gbagbo et aujourd’hui président de Liberté et démocratie pour la République (Lider), qui a dit : « Je vois que l’élection ivoirienne est délibérément sabotée par ceux-là mêmes qui ont le devoir de l’organiser démocratiquement : le gouvernement et la CEI [Commission électorale indépendante]. Je ne participerai pas à ces élections truquées. »

    Le processus électoral apparaît en effet verrouillé. Le RHDP est majoritaire au sein de la CEI chargée d’organiser et de superviser le scrutin. C’était déjà le cas pour la présidentielle de 2010. À l’époque, les résultats avaient été trafiqués dès le premier tour au profit de Ouattara et au détriment de Henri Konan Bédié, rétrogradé de la deuxième à la troisième place.

    Depuis, la CEI est présidée par le même homme, Youssouf Bakayoko. C’est lui qui, en 2010, avait, entre autres irrégularités flagrantes, proclamé les résultats provisoires du second tour depuis le siège de campagne de Ouattara, sous la pression de diplomates occidentaux. « La CEI demeure politisée, la liste électorale est du même acabit, la traçabilité des résultats n’est toujours pas assurée », a constaté mi-octobre le Groupe de recherche et d'information sur la paix et la sécurité (Grip), basé à Bruxelles.

    Ouattara a en outre la main sur le second organe du processus électoral, le Conseil constitutionnel : ses sept membres font, à une exception près, partie de ses proches ou de sa mouvance politique. 

     

     

     

    « La justice vise un seul camp »

    Le jeu est d’autant plus biaisé que l’opposition est très affaiblie. Le pouvoir a réussi à diviser le principal parti, le Front populaire ivoirien (FPI), fondé par Gbagbo. Une frange s’est rangée derrière l’ancien premier ministre Pascal Affi N’Guessan, qui s’est porté candidat à la présidentielle. Une autre, importante, critique les conditions d’organisation du scrutin et appelle au boycott. De manière générale, le FPI ne s’est pas remis de la crise de 2010-2011. Il compte de nombreux cadres et militants toujours en exil ou en prison : plusieurs centaines d’entre eux sont détenus sans jugement depuis 2011.

    Et les autorités ne relâchent pas la pression : Amnesty International s’est inquiétée début octobre des « récurrentes arrestations et détentions arbitraires d’opposants politiques », parlant d’un « climat de peur qui compromet l'exercice de la liberté d'expression ». En septembre, une soixantaine de personnes ont ainsi été arrêtées. « Au moins trente sont toujours en détention », selon Amnesty, qui a précisé « Certains ont subi de mauvais traitements […] et étaient détenus au secret pendant plusieurs semaines. »

    L’impunité dont bénéficient toujours les anciens rebelles, dont plusieurs ont été placés à des postes de responsabilité dans l’armée, contribue à entretenir les tensions. Certains anciens chefs de guerre ont gardé leur milice et sont surarmés, comme Martin Koakou Fofié qui est sous le coup de sanctions des Nations unies depuis 2006. Ils continuent à organiser des trafics de ressources naturelles, selon les rapports réguliers établis par des experts mandatés par l’ONU. Aucun n’a été jugé pour les effroyables massacres commis en 2011 (des centaines de personnes avaient été tuées, notamment dans l’ouest, par les troupes de Ouattara).

    Des ex-chefs de guerre ont été inculpés en juillet de cette année par la justice ivoirienne, mais sans conséquences jusqu’ici, alors que des responsables pro-Gbagbo ont été condamnés à de très lourdes peines. « De nombreux Ivoiriens sont encore en exil [ils sont plusieurs dizaines de milliers – ndlr]la rigueur de la justice vise un seul camp et une politique de préférence ethnique dite “rattrapage” s’est substituée au mérite. […] La Côte d’Ivoire est au creux de la vague », a estimé l’ancien premier ministre et cadre du PDCI, Charles Konan Banny, candidat contre Ouattara après avoir présidé pendant trois ans une Commission dialogue vérité et réconciliation…, qui n’a pas réconcilié grand monde.

     

     
    Le 7 octobre 2015 à Abidjan, meeting de la Coalition nationale pour le changement. © REUTERS/Thierry Gouegnon
     

    Il n’y a cependant pas de quoi s’alarmer pour la « communauté internationale » qui avait pris parti contre Gbagbo en 2010. L’Union européenne a même décidé de ne pas envoyer d’observateurs pour la présidentielle, estimant que « les conditions d’un scrutin transparent sont réunies », selon son ambassadeur à Abidjan, le Français Jean-François Valette. Un choix jugé étonnant par le Grip : « La décision de l’UE de ne pas envoyer ses observateurs ne semble pas correspondre aux critères qu’elle suit habituellement. » Le groupe de recherche a émis une hypothèse : « La réelle motivation derrière la décision de l’UE […] pourrait avoir trait à la crainte qu’une évaluation électorale perçue comme négative puisse avoir un effet déstabilisant sur le pays. » Mamadou Koulibaly est allé plus loin : « Politique de l’autruche de l’Union européenne face à la fraude organisée par [Ouattara]. Complicité ? » a-t-il commenté sur Twitter.

     

    Bien que Gbagbo, 70 ans, soit depuis 2011 loin de son pays, en détention provisoire à La Haye, dans la prison de la Cour pénale internationale, il reste omniprésent dans les esprits. Son procès pour crimes contre l’humanité, joint à celui de Charles Blé Goudé, doit s’ouvrir le 10 novembre. En attendant, des candidats à la présidentielle utilisent sa popularité pour s’attirer la sympathie des électeurs : Affi N’Guessan a promis de faire libérer l’ex-président s’il est élu. Konan Banny, autrefois à couteaux tirés avec Gbagbo, a de son côté déclaré « Il est illusoire de rêver à la réconciliation en excluant des dignes fils de la Côte d’Ivoire qui sont en prison, parmi lesquels il y a Gbagbo. »

    Ouattara a, lui, une tout autre préoccupation : le taux de participation de dimanche. Il craint une faible affluence dans les bureaux de vote. « Nous savons tous que la majorité des Ivoiriens ne se sent pas concernée par cette élection. Le nombre très faible de nouveaux inscrits, 367 609, dix fois moins important que les prévisions annoncées par les gouvernants avant la période d’enrôlement, se passe de commentaire. Il laisse toutefois présager une abstention massive », a observé Amara Essy. Les appels du camp présidentiel pour encourager les Ivoiriens à se rendre aux urnes se font de plus en plus pressants. En 2010, la CEI avait donné un taux de participation au second tour supérieur à ce qu’il était en réalité.

    Source Médiapart et Fanny Pigeaud

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