04/03/2012

L'abolition du néocolonialisme un programme de salut public au Nord comme au Sud

par Martine Boudet
Membre du Conseil scientifique d’Attac France

L'aspiration à la démocratie (inter)nationale
C'est un fait reconnu, le printemps des peuples arabes, relayé par le mouvement des Indignés en Europe, met à l'ordre du jour la démocratisation des relations internationales. Sortir du carcan des politiques néo-libérales est devenu un impératif de survie, pour des peuples soumis à la crise systémique. Dans cet ordre d’idée et malgré les difficultés, la chute des dictatures en Tunisie, en Egypte, en Lybie, au Yémen… constitue un motif d'espérance.
Comment interpréter le drame que connaît la Côte d'Ivoire ainsi que le reflux de la mobilisation burkinabé dans la même période ? Ce sont autant d'éléments de la dégénérescence du système francophone, maintenu en dépit du processus de démocratisation des années 90. Ce scénario résulte en grande partie de la stratégie belliciste imposée par Paris avec le soutien de l’OTAN et de l'ONU: ingérence dans les affaires ivoiriennes et destabilisation du pays via la force Licorne pendant une décennie, nomination du général Beth, ancien chef de la force Licorne, à la tête de la diplomatie française au Burkina-Faso… Cette actualité coïncide avec d’autres opérations militaires (en Lybie et en Afghanistan) et avec la mise en place en métropole d'une politique xénophobe, destinée à satisfaire les demandes de l'extrême-droite.

Néocolonialisme francophone vs modèle confédéral
Le combat pour l'abolition du néocolonialisme nécessite de démonter les mécanismes de la domination qui en est à la base. La comparaison entre les systèmes culturels du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne peut nous y aider.
Les pays du Maghreb sont constitués sur des bases nationales unifiantes, de type religieux (Islam), ethnique et linguistique : deux ethnies et deux langues principales, arabe et berbère, se partagent cette aire. Cette spécificité a jusqu'à présent été instrumentalisée par des dictatures patriarcales et militaristes qui ont maintenu une chape de plomb depuis les Indépendances et souvent entretenu dans ce but la division entre les pôles culturels. Les Etats-nations étant relativement viables en soi et leur territorialité acquise dans l’ensemble, il est possible que leur unité organique soit assouplie, en faveur des peuples et de la défense de leurs droits politiques, sociaux et culturels.
Quant aux pays subsahariens, le problème principal à résoudre concerne la gestion de la multiplicité ethnico-linguistique, qui plus est sur des territoires artificiellement délimités lors de la colonisation et déclarés intangibles depuis. Par ailleurs, les Constitutions francophones sont calquées sur le droit français, qui valorise les principes de la citoyenneté individuelle et du centralisme étatique, alors que la culture africaine est fondée sur l'appartenance à des fratries enracinées localement, grâce à des cosmogonies ancestrales. Les drames rwandais et ivoirien proviennent en grande partie de l'inadéquation de ce standard étatique, les antagonismes inter-communautaires qu’il engendre étant alimentés de l'extérieur pour la préservation d’intérêts géo-stratégiques et économiques.
«Diviser pour régner»: la discrimination ethnique s’avère une démarche systématique de l'ordre (néo) colonial. Dans le cas du Rwanda, le colon belge a avantagé les élites tutsie puis hutue selon les circonstances et le rapport des forces, le pouvoir français prenant le relais en soutenant la dictature hutue née de la décolonisation. Cette problématique est moins connue dans le cas de la Côte d'Ivoire, dont l'opinion publique retient surtout l'épisode de l'ivoirité, menée à l'encontre des immigrés africains dont ceux du Burkina-Faso. En fait, l’Elysée a soutenu l'ethnie Baoulé (à laquelle appartenait F. Houphouët-Boigny) souvent au détriment des autres, celles des Bétés (groupe d'appartenance de L Gbagbo), des Agni, des Dioula.... Dans le contexte de la crise économique, la politique d'exclusion des étrangers menée par un clan de privilégiés – des membres du PDCI-Parti démocratique de Côte d’Ivoire et qui infiltrèrent le FPI, Front Populaire ivoirien, lorsque ce dernier fut au pouvoir- s'apparente à une opération de diversion à l’égard du parasitisme français et des discriminations subies par les autres ethnies du pays :
«C’est ce clan (celui des Baoulés) et ses affidés (auteur du TSO- le tout sauf Ouattara- en 1991) qui ont écrit et promulgué en 1995, sans référendum, la loi sur l’ivoirité qui a endeuillé de 1995 à 2011 la Côte-d’Ivoire.
Ce clan et ses membres sont connus, ils doivent être jugés au nom de la démocratie, en dehors des accords politiciens. Parce que la démocratie, c’est la liberté de chaque citoyen à accéder et exercer le pouvoir politique de son pays, sans entraves et préjugés.
Mais avec le retour triomphant du tribalisme aux élections de 2010, signifiant ainsi l’échec dans notre pays de la démocratie (qui privilégie la compétence du citoyen), la Côte-d’Ivoire, pour éviter l’implosion, devrait tendre vers « la confédération », avec des présidents de régions autonomes, qui mettront en place un exécutif fédéral, tournant (tous les cinq ans), par un vote de grands électeurs.»1[1]
Comme l'écrit l’écrivain Bernard Doza, c’est une formule confédérale qui conviendrait au géant ivoirien, à l'image de la construction nigériane, héritière de la décolonisation britannique, dont la pratique de «l'indirect rule» était respectueuse des nationalités et de leurs cultures. Le Cameroun voisin et bilingue de par l’histoire coloniale –une partie du territoire est anglophone- pourrait être intéressé par cette formule ; de même que le Sénégal, dont le problème de la place de la Casamance est irrésolu ou le Congo-Kinshasa, cet immense pays menacé de démembrement dans le contexte de la crise régionale (région des grands lacs). Il est à noter que, s’inspirant des expériences décentralisatrices de nombreux pays européens (Royaume Uni, Espagne, Allemagne, Suisse, Belgique…), la France a adopté en 1982 une loi permettant la création de conseils régionaux ; elle s’est bien gardée de proposer cette formule aux homologues du Sud. L’absence de coopération sur les alternatives institutionnelles s’ajoute aux multiples rétentions d’information, en matière de transfert des technologies par exemple.
Pour résumer, cette politique «culturelle» se fonde sur deux principes: divisions et discriminations inter-ethniques et assimilation in fine à un standard centraliste et autoritaire, aboli depuis longtemps en métropole et dans les Dom-Tom. Pour en revenir à la Côte d’Ivoire, le changement d’alliance opéré en 2011 se traduit désormais par une colonisation en règle du Sud et de l’Ouest du pays par les chefs de guerre du Nord et du Burkina-Faso2. D’une manière générale, le pourrissement de la situation politique générée par un tel «modèle» est aggravé par une paupérisation endémique : suite à des décennies de prédation et à la crise financière de 2008, les émeutes de la faim ont fait des centaines de morts au Burkina-Faso et au Cameroun. Suite au génocide rwandais, l'exportation de la guerre au Congo Kinshasa pour l’annexion de territoires et de leurs richesses a entraîné la mort de trois millions de personnes. La capitale du Tchad, N’Djaména, a été en partie détruite en 2008 par une guerre régionale dont les tenants et les aboutissants restent obscurs: l'exploitation du pétrole local y est sans doute pour beaucoup.
Avec un bilan aussi calamiteux, la longévité de l'empire francophone s’explique donc par la prégnance du centralisme autoritaire, cautionné par la négrophobie et l’afropessimisme à l'échelle internationale. Il faut rappeler à titre de comparaison que l’empire soviétique et l’hégémonie nord-américaine en Amérique latine ont été démantelés dans l’intervalle. Les relations Afrique-France constituent en fait une courroie de transmission privilégiée des politiques ultra-libérales menées par les institutions internationales sur le continent africain. Au dispositif de la Coopération monétaire, militaire et civile, s'ajoute la gestion du FMI dont les directeurs généraux sont français par tradition: Michel Camdessus, Dominique Strauss-Kahn, Christine Lagarde. ONUCI et TPI se partagent aussi les rôles relatifs au maintien de l’ordre impérialiste : ainsi, est-il légitime que Laurent Gbagbo soit déféré devant le tribunal de la Haye, alors que les crimes commis par le camp Ouattara restent impunis ?

Les leçons du drame ivoirien
Depuis la bataille d'Abidjan qui a conduit à l'arrestation de Laurent Gbagbo le 11 avril 2011, rien ne filtre officiellement de ce qui se passe en Côte d'Ivoire. Ce silence radio, qui contraste avec le matraquage médiatique précédant le dénouement, entretient sur le changement de régime un secret plus que douteux. Tout fonctionne comme si les règles démocratiques élémentaires – suivi et contrôle de la chaîne des informations, expression spontanée des organisations concernées, débat d'idées contradictoire...-, règles qui s'appliquent normalement entre nations et citoyens de bonne compagnie, n'avaient pas lieu d'être. Cela au nom d'un consensus tacite qui prévaut entre Etat et peuple français en matière de relations Afrique-France depuis un demi-siècle.
Or, la médiatisation de la vie internationale change les règles du jeu : il n'est plus possible de dire que l'on ne savait pas. Le droit étant garanti par ailleurs en France de s'opposer pacifiquement et par les voies légales aux crimes néocoloniaux, la responsabilité des organisations, élus et citoyens est engagée dans le fait de ne pas l'assumer. Résultat des courses, les réseaux françafricains, première oligarchie constituée de facto en France, portent atteinte aux droits démocratiques acquis dans ce pays. Ainsi, en dépit du travail des juges de la brigade financière pour le contrôle et la sanction des activités délinquantes ou mafieuses, l’institution judiciaire a échoué à instruire de nombreuses affaires, dont l'affaire ELF et l’Angolagate3, entre autres.
 Le «peuple-nation », dont l’identité a été l’objet de débats tout au long de ce quinquennat, ne pourra se reconstruire, sans un examen non complaisant de la politique de coopération du pays. S'il est peu contestable que la présidence mitterrandienne et le gouvernement de la gauche plurielle ont à rendre des comptes sur leur part de fautes respectives dans le génocide rwandais et la guerre civile au Congo-Kinshasa, faudrait-il exonérer pour autant la gauche de la gauche? Sur l'échiquier politique, c'est aux forces anti-libérales et altermondialistes de faire entendre la voix des peuples tiers, victimes de la politique de leur Etat: de ce point de vue, un premier rendez-vous a été manqué au lendemain de la chute du stalinisme qui fit des relations Nord-Sud le nouvel axe stratégique. Rompre avec ce nationalisme implicite, qui fait les choux gras du FN, contribuerait à enrayer l’engrenage qui conduit l'oligarchie à détruire systématiquement les bases vitales des peuples du Sud et à s'attaquer désormais à celles du Nord (Grèce, Italie…). A l’encontre de la perversion du droit international et français, la défense de la souveraineté des pays du Sud constitue un impératif stratégique : c’est la condition d’un authentique dialogue des mémoires et des cultures.



1 20/06/ 2011 Cameroon Voice, L'écrivain Bernard Doza écrit à Alassane Ouattara

news.rcv?id=3979

2 Cameroon Voice, 15/06/2011 Côte d'Ivoire: Après la «victoire», le partage du butin

news.rcv?id=3944


3 Un motif d’espoir: la condamnation de J Chirac dans l’affaire des emplois fictifs de Paris. L’affaire Karachi sera-t-elle élucidée de même ?

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Chômeur Go Home : le tube de la campagne


Chômeur Go Home : le tube de la campagne. par PlaceauPeuple

source:

http://www.placeaupeuple2012.fr/chomeur-home-le-tube-de-l...

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Hk & les Saltimbanks : on lâche rien


Hk & Les Saltimbanks - "On lâche rien" par HkOfficiel

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