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  • Côte d’Ivoire : et si Soro occupait le poste le moins indiqué pour une réconciliation nationale ?


    Une tribune d’Audifac Ignace, journaliste et écrivain
    JEUDI 28 AVRIL 2011 / PAR AUDIFAC IGNACE, POUR L'AUTRE AFRIK / 1 RÉACTION
                        

    Après l’effervescence du renversement de Laurent Gbagbo et la prise du pouvoir d’Alassane Ouattara, la reconstruction du pays, fraîchement entamée par le nouveau pouvoir bute déjà contre les protagonistes même de la crise ivoirienne .
    Cet article a été réalisé avant l’annonce ce jeudi 28 avril de la mort d’"IB"

    La priorité reste précisément la sécurisation du pays et la réconciliation nationale. Comme l’a bien indiqué le nouveau président. S’il faut reconstruire l’appareil sécuritaire de l’état en cumulant Forces Nouvelles (FN), Forces de sécurité et de défense (FDS), Commandos invisibles, au sein même de ce qu’on appelle actuellement Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), sous les ordres d’un ministre de Défense dont la seule présence à la tête du gouvernement pose déjà problème, il y a matière à réfléchir.

    Au-delà de toutes les ingérences extérieures dans le conflit, le bourbier ivoirien reste véritablement un problème ivoiro-ivoirien. Peut-on continuer (et continuera-t-on ?) de trouver les poches de résistance à Abidjan, les caches d’armes du clan Gbagbo dissimulées dans le pays, sans parler de celles des Forces Nouvelles, transformées en Forces républicaines, elles aussi nombreuses et détenues par des individus non contrôlés appartenant à l’ex-rébellion de Soro ? La réconciliation nationale prônée par Ouattara, aboutira-t-elle, si Guillaume Soro reste à son poste de Premier ministre ? Répondre par l’affirmative est risqué.

    Comme par le passé, les déclarations de l’actuel ministre de la Défense sont devenues de plus en plus fracassantes et contradictoires. Parfois incendiaires. Au lendemain de la chute de Gbagbo, dans une allocution retransmise sur France 24, l’actuel Premier ministre montait au créneau : « Je m’adresse solennellement aux officiers, sous-officiers, militaires du rang de toutes les forces, je vous lance un dernier appel au ralliement. Il ne peut y avoir de chasse à l’homme, rejoignez donc les forces républicaines. » Et d’ajouter : « Peuple de Côte d’Ivoire, séchez vos larmes, le cauchemar est terminé »

    Jusqu’à présent, les larmes de nombreux d’Ivoiriens n’ont pas encore séchées. Plus qu’un appel à l’apaisement après de lourds combats et de nombreux morts, ce langage apparaissait comme un ultime avertissement aux « ennemis ». Une dernière sommation avant le feu du déluge. Elle n’adoucissait pourtant pas les cœurs dans un contexte post-électoral de guerre, de rancunes, où d’ailleurs aucun des belligérants n’avouaient être responsable des différents malheurs qui se succédaient et se sont succédés en Côte d’Ivoire. Tous rejetaient et rejettent encore sur le dos des autres les souffrances accumulées du peuple. Mais tous réclament maintenant dans les discours et les déclarations, le pardon et la réconciliation. Mais à qui pardonne-t-on ? Avec qui se réconcilie-t-on ? Ce n’est pas en avançant des arguments sur la réconciliation que l’on fera disparaître les vaines pratiques et les haines de tous genres qui leur en sont consécutives.

    Recul mental

    Comment a-t-on pu créer une situation de guerre et de tension et demander à la communauté internationale de financer une force d’interposition ? N’est-elle pas une contradiction et même un recul mental lorsque l’on sait que les belligérants ivoiriens ont payé en nature, voire à terme avec des fonds puisés soit dans les caisses de l’Etat, soit dans des réseaux mafieux, des bombes et des roquettes pour tuer leurs propres concitoyens ?

    Le souvenir est triste, mais puisque les circonstances nous l’imposent, évoquons le encore. En effet, le 21 novembre 2005, l’actuel Premier ministre d’Alassane Ouattara déclarait, lorsqu’il affirmait que le poste de Premier ministre revenait « d’autorité » aux Forces Nouvelles : « Gbagbo a une armée et un territoire. Soro également. Si les hommes sont amenés à cohabiter, n’y aura-t-il pas une dyarchie et donc un clash au sommet ? On peut le craindre au cas où les deux belligérants n’auraient pas renoncé à l’option militaire. Ici, nous sommes dans l’arène politique, et on ne réconcilie pas deux amis. Ce sont deux ennemis que l’on réconcilie ».

    Soro levait alors le voile sur ce que le monde entier connaissait déjà. Qu’en fait la Côte d’Ivoire était divisée en deux, et ceci depuis le coup d’Etat manqué de septembre 2002. Et que de part et d’autre, on s’était lourdement armés. L’embargo sur les armes était notoirement violé par les rebelles de Soro et les hommes de Gbagbo, sous le nez et à la barbe de L’Onuci (Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire) et de Licorne. Puis vint la cohabitation de façade (avec les accords de Ouagadougou), jugée pourtant bonne, selon les propres mots de Gbagbo : « Soro a été mon meilleur Premier ministre, (celui) qui a vraiment mouillé le maillot. » Mais en réalité, on n’avait jamais désarmé la Côte d’Ivoire. D’ailleurs des documents classés confidentiels publiés par nos confrères de Inner City Press de Washington l’ont prouvé.

    Aujourd’hui, les Forces Nouvelles n’existent théoriquement plus. De plus, Gbagbo a quitté la scène, la tête basse et délogé par les armes. En changeant de camp, Soro est resté à son poste grâce aux cris des canons et des hélicoptères français. Pour l’un et pour l’autre, le pouvoir était, et reste au bout du fusil. Et du coup, on prône immédiatement la réconciliation, comme si elle s’obtenait par décret. S’il est vrai que la réconciliation présuppose l’existence de l’ennemi ou d’ennemis, la haine et la volonté de détruire cet ennemi ou ses ennemis, le cas de la Côte d’ivoire reste particulier. Car l’ennemi est le fruit d’une construction de l’image de l’autre comme tel par les différents protagonistes politiques. C’est cela qui a poussé le pays dans cet engrenage de violence et à point de non retour. Et de ce point de vue, Soro jusqu’à ce jour, ne s’est pas encore éloigné de cette logique. Il reste le caméléon de la situation.

    Entre Gbagbo et Ouattara la rancune était déjà à son paroxysme. Soro la cimente. En effet lorsque l’ancien banquier jette Gbagbo en prison, Soro, pas encore chef rebelle côtoie le prof d’histoire, dans un jeu de chauve-souris afin de se positionner. Laurent Gbagbo prend sa revanche, après le coup d’état de Gueï, et surfe sur la vague de l’ivoirité créée par Konan Bédié pour mener la vie dure à Ouattara et l’éloigner du pouvoir. « L’étranger » comme on l’appelait alors, est revenu à la charge avec l’aide militaire française avec la bénédiction du même Soro. Tout en donnant un coup d’épaule à Ibrahim Coulibaly, qui l’avait pourtant aidé à la partition du pays depuis le Nord. Lequel ne rêve aujourd’hui que de vengeance même s’il balbutie pour l’heure quelques mots d’union, de réconciliation et de pardon.

    Le contexte d’alors était empreint de haine, de divisions et de violences. Tout comme celui qui se présente maintenant, après la chute de Gbagbo et que l’on compte, d’un revers de la main, extirper. D’un coté, on continue à découvrir les caches d’armes. De l’autre, celles en circulation sont d’autant plus inquiétantes pour la population civile. Les milices pro-Gbagbo sévissent encore. Tout comme les éléments des ex-forces rebelles convertis en Forces républicaines appelés à se venger de leurs « ennemis » d’hier. Ibrahim Coulibaly, maître dans le quartier d’Abobo avec le "Commando invisible" n’aurait-il pas confié à l’un de ses proches : « Je veux la peau de Guillaume Soro. Je ne laisserai pas Ouattara gouverner en paix si on ne reconnaît pas mon action dans cette crise. Ces deux hommes m’ont fait trop de tort. » Voilà un autre caillou dans la chaussure de la réconciliation en Côte d’Ivoire.

    Dans son habilité à mentir et surtout sa facilité à la conversion du mensonge, le ministre de la défense de Ouattara n’est-il pas allé trop loin par exemple, à propos des massacres de Duekoué, en déclarant : « Nous avons des cassettes vidéos qui établissent clairement la responsabilité des mercenaires et milices libériens dans les massacres de Duekoué ». Il poursuit en affirmant : « tout élément des Forces républicaines coupables de pillages et d’exactions sera immédiatement radié des Forces républicaines. » Peut-on croire en un Premier ministre qui trouve déjà les coupables du charnier de Duekoué, avant même que les enquêteurs ne descendent sur le terrain ? Si le ministre de la Défense a des certitudes et autres éléments de preuve par rapport aux massacres de Duekoué, ne conviendrait-il pas de les mettre à la disposition de la justice, d’éviter de spéculer et de laisser travailler une commission d’enquête indépendante prévue à cet effet ? Le Premier ministre n’a-t-il pas quelque chose à se reprocher dans ces tueries ? De plus, si la radiation des "brebis galeuses" est déjà en soi une punition, suffit-elle pour passer un coup d’éponge sur les crimes commis par ceux-ci ? S’ils ne sont pas mis à l’abri de nuire, les radiés d’aujourd’hui ne se reconstitueront–ils pas les rebelles de demain, compte tenu de la présence massive d’armes lourdes dans le pays ?

    Et comme si ça ne suffisait pas, au moment où les voies et moyens sont engagées pour une pacification du pays, l’ex-sergent chef, Ibrahim Coulibaly, général autoproclamé, ancien ami et allié de Soro, entré en dissidence avec ce dernier, ne risque t-il pas de créer ce qui conviendrait aussi peut-être d’appeler, "La République d’Abobo" ? Tout porte à croire que seule la force des armes, une fois encore viendra le déloger.

    Parce qu’il faut mettre un terme aux exactions et rendre compte au peuple ivoirien, d’abord pour tous les malheurs et autres souffrances qu’il a subis, le chef des « rebelles » devenu homme d’Etat, ne devrait en aucun cas, occuper un poste qui, pour l’heure, devrait être assuré par une personnalité au dessus de tout soupçon. Il fait partie des agresseurs d’hier qui se posent en victimes aujourd’hui.

    Sans pour autant rejeter ou refuser de pardonner à tous les belligérants de la crise en vue d’une véritable réconciliation nationale, la Côte d’Ivoire a besoin d’hommes neufs et d’idées neuves, pour se reconstruire et se reconstituer. Guillaume Soro pourra perdurer, d’une façon ou d’une autre, en tant qu’animal politique sur la scène ivoirienne. Il lui faudra aussi donc répondre tout comme Gbagbo devant les juges. Ivoiriens ou internationaux. Qu’importe le moment ou les circonstances ! Mais pour l’heure, il est la personne la moins indiquée pour occuper le poste de Premier ministre quand on parle de véritable réconciliation nationale.

    Correspondance de Washington

    article22705.html

  • What the World Got Wrong in Côte D'Ivoire/ Thabo Mbeki


    Why is the United Nations entrenching former colonial powers on our continent? Africans can and should take the lead in resolving their own disputes.

    BY THABO MBEKI | APRIL 29, 2011 (bouton traduction sur l'article original)

    The failure to address the "pre-requisite for elections" predetermined their outcome. The rebel "control" of the north, mentioned by Ambassador Nesbitt, prescribed the outcome of the 2010 presidential election. Similarly, it was the "military capability" of the rebellion, which Ambassador Nesbitt mentioned, that was used to ensure that Ouattara became president of Côte d'Ivoire.

    It is little wonder that as the post-election crisis deepened, Laurent Gbagbo would cry out: I was betrayed!

    At the end of it all, there are many casualties.

    One of these is the African Union. The tragic events in Côte d'Ivoire have confirmed the marginalization of the union in its ability to resolve the most important African challenges.

    Instead, the AU has asserted the ability of the major powers to intervene to resolve these challenges by using their various capacities to legitimize their actions by persuading the United Nations to authorise their self-serving interventions.

    The United Nations is yet another casualty. It has severely undermined its acceptability as a neutral force in the resolution of internal conflicts, such as the one in Côte d'Ivoire. It will now be difficult for the United Nations to convince Africa and the rest of the developing world that it is not a mere instrument in the hands of the world's major powers. This has confirmed the urgency of the need to restructure the organisation, based on the view that as presently structured the United Nations has no ability to act as a truly democratic representative of its member states.

    Thus, in various ways, the events in Côte d'Ivoire could serve as a defining moment in terms of the urgent need to reengineer the system of international relations. They have exposed the reality of the balance and abuse of power in the post-Cold War era, and put paid to the fiction that the major powers respect the rule of law in the conduct of international relations, even as defined by the U.N. Charter, and that, as democrats, they respect the views of the peoples of the world.

    We can only hope that Laurent and Simone Gbagbo and the Ivorian people do not continue to suffer as abused and humiliated victims of a global system which, in its interests, while shouting loudly about universal human rights, only seeks to perpetuate the domination of the many by the few who dispose of preponderant political, economic, military and media power.

    The perverse and poisonous proceedings that have afflicted Côte d'Ivoire pose the urgent question: How many blatant abuses of power will Africa and the rest of the developing world experience before the vision of a democratic system of global governance is realised?

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