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  • « LA FRANCE A EU TRÈS PEUR DES EXPERTS DE GBAGBO…"

    Tuesday, 29 April 2014 11:09   


    PAR :Mamadou Ben Soumahoro ....... 

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    Pardonnez-moi de n’être ni un exégète de la gestion, ni un taxinomiste d’aucune sorte et de me permettre de m’immiscer dans un domaine si complexe, dont l’écheveau ne saurait être démêlé que par des démiurges portant le titre d’économiste et de monétariste.Si votre opinion ne rejoint pas cette introduction, faites-moi l’amitié de ne pas lire ce charabia ; parce que je vous entends déjà m’attribuer les épithètes les plus infamantes pour avoir osé m’intéresser au sacrosaint sujet du F.CFA. J’en tremble déjà. Mais je n’ai pu y renoncer parce que trop de questions m’assaillent qui n’ont jamais eu de réponses à ce cour Par exemple une chape de plomb a recouvert et muselé les voix de tous les experts qui ont essayé de poser le problème. Les grands journaux Français, de «Marchés tropicaux » à « Valeurs actuelles » en passant par des hebdomadaires politiques de prestige tels que « Le Point », «L’Express », « Le Nouvel Observateur » et même « La Croix » et « Témoignage Chrétien », n’ont eu pour nous aucune charité. Ils se sont tus. C’est alors qu’on s’aperçoit que sciemment ou involontairement, les Africains découvrent seulement maintenant qu’ils se sont trompés de débat pendant plus de 50 ans.

    Pourtant ce ne sont pas les spécialistes de renom qui ont fait défaut à cette Afrique-là. Où étaient donc passés les Lionel Zinsou, Khalil Sall, Henri Bazin, Norbert Elias, Babakar N’Diaye, Samyr Amyn et Mohamed Tiékoura Diawara qui se disputaient publiquement pour prouver que la croissance n’était pas le développement. Mohamed Tiékoura Diawara avait même créé le « Club de Dakar » pour faire pièce au « Club de Rome », pour ensuite découvrir son impuissance à ramener l’Afrique à l’essentiel.

    A cette époque, "la..France n'a pas de pétrole mais elle a des idées ».

    Une fois encore, les nègres de l’Afrique Occidentale Française n’ont pas compris qu’il ne s’agissait pas d’un simple slogan. Nous n’avons pas compris qu’il s’agissait d’une véritable stratégie de guerre destinée à nous asservir et à nous spolier de nos biens, tout en brandissant, sous nos yeux, ce qui n’avait aucune consistance, c’est-à-dire l’Indépendance Nominale. Et, bien entendu, nous n’avons rien pu faire de cette coquille vide ; le Franc CFA n’est pas venu après, il a été conçu comme un instrument incontournable de notre asservissement et de notre esclavage. Mais la responsabilité de cette situation n’incombait pas aux seuls « blancs Français » puisque nous avons joyeusement fait semblant d’apprécier leur protection et celle de ce fameux Franc CFA qu’ils nous ont imposé. Les économistes Africains ont-ils été complices ou victimes de cette grave injustice ?

    Le Franc CFA peut-il nous permettre de nous libérer du joug
    néocolonial ?

    Qu’est ce qui explique ce qui ressemble à un renoncement de la part de nos économistes ? Les questions sont pourtant simples : 50 ans n’ontils pas suffi pour les convaincre qu’ils avaient tort ? Il est vrai que certains leaders ne voulaient pas de l’indépendance qui, sans rire,
    déclaraient que nous ne savions même pas fabriquer une aiguille. C’est pourtant à ceux-là que l’indépendance et le Franc CFA ont profité le plus. Maintenant je vais vous surprendre : c’est un chef d’Etat d’Afrique Occidentale Française sorti des prytanées militaires qui a fait un jour la réflexion la plus respectable dans ce débat sur la souveraineté de nos Etats : le Président du FASO Blaise Compaoré a osé dire que :
    « Si nous avions arraché nos indépendances à l’issue d’une guerre, aussi petite soit-elle, les occidentaux nous auraient respecté un peu plus ».

    Si vous n’avez pas compris, je vous invite à tourner vos regards vers l’Algérie, le Vietnam et le Zimbabwe.Mais la guerre, Blaise Compaoré et son complice Alassane Dramane Ouattara ont préféré la livrer à leur propre frère Laurent Gbagbo pour le compte de la France sur fond de Franc CFA. Ils n’ont pas été les seuls à pourfendre et à agresser la Côte d’Ivoire et Laurent Gbagbo. Le Mali et Amadou Toumani Touré se sont surpassés. C’est à Bamako que l’on va mettre en oeuvre le complot Monétaire censé provoquer la chute de Laurent Gbagbo exigé par la France et Nicolas Sarkozy. C’est à Bamako que l’Ivoirien Philippe Henry Dacoury-Tabley sera débarqué sans ménagement de son poste de gouverneur de la BCEAO puis emprisonné sans jugement avec  l’appui zélé de Amadou Toumani Touré, pour bloquer toutes les opérations bancaires de la Côte d’Ivoire. Voici donc un homme que le hasard a conduit à la magistrature suprême de la république du Mali et qui s’est imaginé que la protection de la France et les boubous brodés et amidonnés suffisaient à lui conférer une noblesse que la tradition ne saurait accorder à un homme de basse extraction, surtout au Mali. Aujourd’hui encore, même l’élection « démocratique » de Macky Sall au Sénégal ne laisse aucune place au rêve de liberté des Africains vis-à-vis du Franc CFA. Le jeune Président de la république a choisi son premier 1er Ministre Monsieur Abdoul Mbaye, visiblement sur l’inspiration de la France, puisqu’aussi bien Monsieur Mbaye était auparavant directeur d’une banque Française à Dakar. Le ministre de l’économie et des finances de Macky Sall venait de la BCEAO, Banque des Banques contrôlée par la France. Prétendre ensuite  parler du Franc CFA relève de l’utopie, parce que, c’est le Sénégal qui de surcroît abrite le siège
    de Franc CFA. Il faut comprendre le jeune Président qui doit probablement mieux que personne  connaitre l’histoire du côté obscur du Franc CFA.

    Contrairement à ce qu’on pense, l’histoire de la sanction appliquée à tous ceux qui ont essayé de s’émanciper du Franc CFA n’a pas commencé avec la chute et l’assassinat du Président Sylvanus Olympio duTogo par Etienne Eyadema en 1963 sur ordre de la France.

    Les rumeurs, qui résistent encore au temps, indiquaient alors que la
    nouvelle monnaie Togolaise qui devait remplacer le F.CFA attendait dans des conteneurs au port de Lomé, la nuit du meurtre d’Etat. La Saga des chutes commence en réalité avec le limogeage au Niger du 1er Président
    du Conseil de gouvernement de la loi cadre Mr Djibo Bakary Président du parti socialiste Sawaba en 1956-57. Il était communiste, Panafricaniste, disciple de Kwame Nkrumah et d’Hamed Sékou Touré et il avait l’intention d’instituer la monnaie nationale Nigérienne, 1er instrument de la souveraineté de son pays. Il l’a payé très cher et il a dû se réfugier dans un pays voisin pour échapper au courroux de Mr Jacques Foccart.

    Ensuite, on retiendra dans le désordre, le Président François Tombalbaye du Tchad qui s’est permis d’envisager la création de sa monnaie nationale. Son palais a été bombardé par l’armée Française et lui-même écrasé par des missiles qui ne lui ont laissé aucune chance. Ce
    n’était pas pour le pétrole qu’on venait de découvrir au Tchad
    mais pour le Franc CFA.

    Pour Hamed Sékou Touré de Guinée-Conakry, l’équation a été simple. Non seulement il a été chassé de la zone CFA mais son pays a été inondé de faux billets du Franc Guinéen par les services spéciaux Français pour le faire tomber. En vain.

    Le 1er Président de la république du Mali, le socialiste Modibo Keita a fait le choix immédiat de changer le Franc CFA en Franc Malien. La France peut tolérer qu’un de ses pions flirte avec l’Est et même avec Moscou. Mais dans cette zone CFA elle ne pouvait pardonner de velléité d’indépendance. Modibo Keita est tombé et trois ans après, le Mali est revenu tête basse dansla zone CFA.

    Les successeurs de Mokhtar Ould Dada en Mauritanie ont pris l’initiative de battre monnaie et de quitter la zone CFA. La France a essayé de déstabiliser le pays. Les coups d’Etat sont devenus hebdomadaires mais les Français ont dû y renoncer quand la Mauritanie est devenue membre de la ligue Arabe. Est-ce que j’ai dit arabe ? Le cas de la Côte d’Ivoire est  assez symptomatique de la volonté de la France de maintenir sous sa botte les éléments de son pré carré.

    La France a eu très peur lorsque, pendant la crise postélectorale, les experts de Laurent Gbagbo avaient réussi à remettre en marche le système bancaire et l’économie du pays, à payer les fonctionnaires et à commencer de battre monnaie. Visiblement l’acte félon de Amadou Toumani Touré n’avait servi à rien. Je crois qu’il ne vous a pas échappé que c’est pour le Franc CFA qu’on a bombardé la résidence officielle de Laurent Gbagbo pour le tuer. Tout le reste était secondaire. Pour les Français, Ouattara ou tartempion, peu importe, mais pas celui qui leur avait fait si peur et bousculé leurs certitudes.De toute façon Alassane Dramane Ouattara avait déjà fait le job en 1993. Parce que c’est lui qui a mis au point l’inconvertibilité du Franc CFA et sa dévaluation de 50%.

    Si vous doutez un instant de l’importance du F.CFA pour la France, essayez de vous souvenir du sort qui a été réservé aux soldats Français qui ont participé avec les rebelles de Soro Guillaume aux casses des BCEAO de Korogho, Bouaké et Man. Ils ont été jetés dans un avion spécial et  ramenés en France où ils ont été jugés en procédure d’urgence et embastillés. Ni la BCEAO, ni les autorités Ivoiriennes n’avaient alors été informées. Le gouverneur Charles Konan Banny était devenu muet comme une carpe. Il n’a même pas porté plainte contre X. Lui-même, Ouattara et les rebelles se trouvaient du même côté que la France. On a vite couvert le vol. C’était un forfait militant.Quelques-uns d’entre nous
    s’étaient indignés de l’abandon par la France du Professeur Philippe Rémond assassiné à Yamoussoukro par les Dozos de Alassane Dramane Ouattara sur ordre du Président de la France Mr Nicolas Sarkozy. Nous avions tous minimisé le fait que le professeur Français avait osé s’attaquer au Franc CFA et aux intérêts de la France à la télévision Ivoirienne pendant la crise électorale de 2010.

    Ce n’est évidemment pas un hasard si à la tête de la quasi-totalité de nos gouvernements sont automatiquement installés des économistes gardiens du Franc CFA.

    • Au Benin, Pascal Koupaki qui ambitionne maintenant de devenir Président de la république.

    • Au Sénégal, Abdoul Mbaye qui pantoufle en attendant des joutes qui seront soutenues par la
    France.

    • Au Mali, Oumar Tatam Ly qui vient de prendre congé de IBK pour se positionner dans un avenir
    plus ou moins proche.

    En Côte d’Ivoire, Daniel Kablan Dunkan joue son rôle de marionnette à merveille.

    • En Guinée-Conakry, Eugène Camara diplômé d’économie et
    finance.

    Quand le 1er Ministre n’est pas économiste, le gardien du CFA est le ministre de l’économie et/ou des finances.

    Ils sont tous censés sortir du même moule. On leur apprend même des éléments de langage et des maitres-mots censés rentrer dans le langage courant des peuples qu’on veut endormir.

    Cela dit, il faut reconnaitre que les Africains ont été les plus grands consommateurs de sigles et de qualificatifs inventés par l’occident : le tiers-monde, le sous-développement, les pays en voie de développement, la croissance économique, le niveau de développement (croissance n’est pas développement), puis les PAS (Programme d’Ajustement Structurel). On a même eu droit aux « Eléphants blancs » longtemps après René Dumont (L’Afrique Noire est mal partie), comme pour lui donner raison. Maître Tixier-Vignancourt avait fait mieux en offrant un slogan inquiétant à la postérité : « la Corrèze avant le Zambèze ». Ensuite on a vu « les pays à revenus intermédiaires ». Et brusquement on nous a vus dans une violente course à l’échalote dont le but final était d’être acceptés parmi les grands privilégiés nommés PPTE (Pays Pauvres Très Endettés). On croyait la compétition terminée mais bien sûr que non ! Un petit malin au FMI ou à Bercy a inventé la nouvelle formule qui va maintenant nous donner le  sentiment de n’être plus des soushommes, mais surtout que nous n’allons pas nous noyer, même en étant PPTE. On a alors mis dans la bouche des gouverneurs et sous-préfets Noirs d’Afrique Occidentale Française un slogan qui est censé donner du souffle à leurs pouvoirs chancelants. Nous sommes aussitôt devenus des « pays émergents » à l’instar du Brésil, de la Chine, de l’Afrique du Sud, de l’Inde et de la Russie qui eux ont déjà émergé. Ils ne nous ont pas attendu parce qu’ils nous connaissent. Ils savent que nous n’émergerons jamais avec le système monétaire qui régit nos économies. A force d’user de ces sigles et formules économiques on ne se rend même plus compte qu’ils sont faits pour nous endormir et parfois pour nous amuser. Ainsi, l’instrument privilégié des occidentaux en Afrique Francophone, leur chouchou Alassane Ouattara nous a fait l’injure de nous présenter une « canne émergente » pour cacher un handicap peu valorisant pour sa fonction. Mais tenez-vous bien, il s’est trouvé des Ivoiriens assez sots pour proclamer que cette « canneémergente » lui conférait « une certaine noblesse » et « une allure aristocratique ». ô kpô ! Duncan toi aussi !!!
    Enfin la démocratie : foutaise Française pour nous aider à nous entretuer et pour se donner bonne conscience quand ils ont fini de fausser les chiffres et d’imposer leurs poulains dociles, obéissants et fiers de l’être. La bonne gouvernance, oui la bonne gouvernance pour profiter ouvertement, honteusement et sans gêne des marchés de gré à gré. Quelques noms reviennent régulièrement : Martin Bouygues,
    Vincent Bolloré. Quelques petits malins essayent d’élargir le cercle des escrocs qui viennent sucer le sang des Ivoiriens : GaoussouTouré, Mamady Diané, Adama Bictogo, Adama Toungara, etc… Il faut espérer qu’ils ne s’étonneront pas de voir tous ces contrats remis en cause dans un avenir plus ou moins proche. Devant l’échec patent de toutes
    nos entreprises, certains des thuriféraires de nos chers présidentsous- préfets, tentent de leur trouver des excuses : il y aurait d’après eux plus d’impéritie que de cynisme dans leur comportement. Pitié pour nous !! Justement, ces temps-ci est arrivé un homme libre et admirable, un éveilleur de consciences, ce que Florence Artman appelle un « lanceur d’alerte ». Il est professeur d’économie à l’université de Versailles et se nomme Nicolas Agbohou. Sa pédagogie en ce qui concerne le Franc CFA dérange toutes les consciences endormies et réveille toutes celles qui somnolaient intelligent tout auditeur disponible. Son enseignement révolte tous ceux qui s’étaient désintéressés de la lourde question du rapport de l’Afrique au Franc CFA. Sa leçon nous interpelle tous sur le lourd silence de nos experts mais aussi sur l’attitude de nos chefs d’Etats. Le professeur Nicolas Agbohou n’est pas un inconnu. Il parcourt l’Afrique depuis au moins 15 ans avec son sujet de prédilection – le Franc CFA et ses méfaits sur nos populations. Ses arguments sont inattaquables et c’est probablement pour cela que personne n’ose les attaquer.

    Ceci expliquant cela, le silence des économistes et des monétaristes devient assourdissant et coupable. Le professeur Nicolas Agbohou est seul. Peut être. Il défend les intérêts d’un peuple faible, taillable et corvéable à merci selon la bonne vieille formule coloniale assimilable à la traite des noirs... C’est le lieu de rappeler la sentence du Président des Etats Unis d’Amérique Abraham Lincoln lors du vote du 13e amendement pour l’abolition de l’esclavage : « Tout ce qui pouvait être obtenu par la mort et le sacrifice a bien été prouvé maintenant. Que nous reste-t-il à faire ? ». Oui Monsieur le Président de la République Française, que nous reste-t-il à faire étant donné que nous avons largement payé notre tribut à la colonisation ? Quand comptez-vous rendre aux Africains leur liberté et leur souveraineté véritables ? Encore un petit effort Monsieur le Président! Pour commencer, un seul acte devrait suffire : s’il vous plait déliez vos vassaux prétendument chefs d’Etats d’Afrique de leur soumission au Franc CFA, à moins que vous n’ayiez décidé d’attendre que l’Afrique se libère d’elle-même, dans la douleur. ▄

    Accra, le 26 Avril 2014
    Mamadou Ben Soumahoro

  • « Il reviendra z’ADO… »


    Il paraît que tout va bien en Côte d’Ivoire : l’embargo partiel sur les armes vient d’être levé, et les diamants -les authentiques et ceux de contrebande-, peuvent retrouver le chemin de la sortie, s’exporter comme si de rien n’était : les fameux diamants du sang ? Simples rumeurs, infâmes calomnies : Dame Ouattara n’a bien évidemment jamais trempé dans cette sordide histoire, pas plus que dans l’organisation du travail forcé pour des centaines de milliers d’enfants, dont un sur mille, sous la bannière immaculée de Children of Africa, bénéficie bienheureusement des affectueuses attentions de la bonne Mère humanitaire… Certaines informations -bien sûr non officielles-, avaient présenté Ouattara essayant, lors de son séjour en Israël, d’échanger des diamants contre des armes, armes contre l’acquisition desquelles s’était alors vigoureusement élevé un ancien ambassadeur d’Israël en Côte d’Ivoire… Personne ne dit si les gendarmes vont trouver une arme pour eux dans ces lots de joujoux et friandises pétaradantes et explosives. Manuel Valls avait apporté il y a quelques mois quelques 500 pistolets qui ont réjoui Hamback et les siens, mais les gendarmes n’en n’ont jamais bénéficié.
    Alors, tout va pour le mieux dans cette Côte d’ivoire à feu et à sang il y a encore quelques mois. Les investisseurs vont pendre d’assaut  le prochain Airbus A380 affrété par Dominique Ouattara pour envahir, tels des touristes japonais assoiffés de nouveautés et de dépaysement, cette Côte d’Ivoire de rêve. Les chantiers sortent de terre comme les champignons, mais les gros attendus s’arrêtent au stade de la moisissure. Les déguerpissements ont repris, cette fois pour faire place à un nouveau projet immobilier cher au cœur du bon roi Mohammed, vassal zélé de l’empire françafricain, autant certainement qu’à celui de dame Dominique la Constantinoise. Le jeune Joël Tiémoko, coupable du seul crime de n’avoir pas pu s’acquitter de la « redevance toilette », y a laissé la vie, et son assassin FRCI n’a semble-t-il toujours pas été inquiété. Tout le ban et l’arrière-ban de la jet-set  politique outarandienne avait fini par s’émouvoir, dans un bel élan de solidarité calculée, de la mort dans des conditions ignobles de la jeune mannequin Awa Fadigua; mais l’infortuné adolescent Joël, rattrapé de naissance par son père seulement, n’intéresse pas le gouvernement, pas plus qu’une justice aux ordres qui, c’était pourtant promis, juré, craché, serait désormais la même pour tout le monde.
    Bakayoko, seul maître à bord, -Soro est bien silencieux en ce moment- nous explique que la composition de la nouvelle CETPI -Commission Électorale Toujours Plus Indépendante- a été bien étudiée, et que le texte de loi sanctionnant son entrée en fonction sera voté sans sourciller -ah, que c’est beau, la démocratie prédictive !- par la voix de son maître, je veux dire le parlement : sur les 13 membres de ladite commission, 10 auront la carte du parti des vainqueurs. C’est normal : quand on est un vainqueur sorti des urnes de la Communauté internationale, on a tous les droits…
    Quant au recensement, il avance à l’allure du train du progrès et de la réconciliation : il y a trois jours nous en étions déjà à 67% de recensés. Les statistiques des non recensés frisant les 10% seulement. C’est un succès… Pourtant, à en croire les agents recenseurs eux-mêmes et les Ivoiriens, tout ceci n’est que mensonge et poudre aux yeux. D’ailleurs, si ce recensement se déroule si bien, pourquoi à Korhogo par exemple, fief des électeurs de Ouattara, le préfet doit-il menacer ses concitoyens de la prison pour les dissuader de s’y dérober? Pourquoi Joël N’guessan menace-t-il d’empêcher les non recensés de s’inscrire aux concours de l’état ? Curieuse manière de prôner la république, quand un recensement devient non seulement obligatoire, mais couplé à de sévères sanctions ? La presse bleue avait été sanctionnée pour avoir traité Ouattara de dictateur. Sous les pressions et surtout devant le ridicule de la situation - « nous sommes en république, mais tout est interdit »-, Raphaël Lapké a fait marche arrière. D’où sortent ces 67% ? Certainement pas de statistiques valables : ne connaissant pas le nombre des Ivoiriens et des étrangers à qui la nationalité ivoirienne est offerte sur simple déclaration, comment a-t-on pu déduire ce pourcentage d’un total présumé inconnu de tous, y compris du pouvoir en place ? Sauf à comprendre que le gouvernement et ses parrains étrangers travaillent sur la base de chiffres truqués, avec des résultats garantis, puisque définis à l’avance ? Même Soir Info dans sa livraison du week-end nous parle d’une localité de 10 000 âmes dans le Sandwi où 2 personnes seulement ont été recensées ! Bien loin des 67%, nous en sommes à … 0,02% ! Mabri Toakeuse, le statisticien de service, ne s’est trompé dans ses chiffres que de 3.350 % ! Excusez du peu…
    Et pendant ce temps, l’Économiste phare, le lampion de la Côte d’Ivoire en marche, est reparti vers l’Hexagone vendredi saint. Mais le week-end de Pâque a passé, les congés aussi : il aurait logiquement dû réapparaître pour le conseil des ministres fixé au 26. Une fois de plus, sœur Anne n’a rien vu venir, ou plutôt si : Henri Konan Bédié, seul présent à la cérémonie de canonisation de Jean XXIII et Jean-Paul II. Même Dominique s’est abstenue d’accompagner l’insubmersible rafiot pour ce très chrétien dernier hommage, se privant par là même de saluer sa Sainteté François 1er, pourtant censé venir inaugurer bientôt l’hôpital Saint Joseph Moscatti, construit sur le site de la Basilique Notre-Dame de la Paix de Yamoussoukro. Avec sa connaissance hors pair des dossiers hôpitaux « mère- enfant », Dominique aurait certainement aimé parler avec le pape et convenir d’une date; imaginons la divine coïncidence : le pape et son Mossi Ouattara, débarquant ensemble le même jour  à Abidjan ! Cela valait la peine de croire à la guérison du chef, pour en arriver à presque croire à son imminente béatification : Ado le candidat, bardé du miracle économique ivoirien, posant aux côtés du représentant de la foi universelle, dite catholique !
    La presse officielle nous assure que Ouattara va bien, il a même joué au foot avec ses petits enfants… lesquels ? Les siens, qui ne mettent jamais les pieds en Côte d’Ivoire ? Ceux qui vivent bien grassement en Suisse, parce que la fille de Ouattara et son époux perçoivent une commission de 15% sur le prix des médicaments qui seront facturés aux ivoiriens ?
    Ceux de Dominique ? Loïc, peut-être toujours sans travail après la parenthèse cacao chez Antony Ward, logeant avec femme et enfants chez maman et beau papa. Dans ces milieux-là, ont sait faire des économies : tout est facturé sur le compte du trésor ivoirien, même les actions charitables de la première dame, sa générosité en direction des populations privilégiées n’étant qu’une petite partie émergée de l’iceberg abyssal des dettes contractées sur le dos des ivoiriens, leurs enfants et petits-enfants…
    L’embargo peut être levé. Le pays fonctionne en mode pilotage automatique : le chef est absent, sa femme également, probablement pour affaires, Soro est invisible, les Com’zones se barricadent, et Bakayoko joue les indéboulonnables. Les hôpitaux sont dans un état pitoyable, les services ferment, l’appareillage défectueux n’est pas remplacé et certaines machines sont carrément reprises par leurs investisseurs, le remboursement des traites ne suivant plus…
    Bref, dans quelques jours, quelques semaines, comme dans la chanson « ouattra  s’en va en France mironton mironton mirontaine Ouattra s’en va t-en France, ne sait qu’en reviendra, ne sait quand reviendra…
    Il reviendra z’à Pâques ou à la Trinité…». Pour information, la Trinité sera fêtée cette année le 15 juin prochain, deux jours après la réouverture du procès du Président Laurent Gbagbo… Coïncidence ? Dans la chanson, « la Trinité se passe… » Combien de temps les Ivoiriens accepteront-ils encore de se laisser mener en bateau quand le soi-disant capitaine est à quai… à quelques milliers de kilomètres du port d’attache ?
    De plus en plus d’informations font état de ces capitaines qui quittent précipitamment leur navire avant tout le monde, plutôt que de veiller à ce que femmes et enfants soient sains et saufs avant de penser à sauver leur peau. Signe des temps ? La Côte d’Ivoire, elle, est cette arche de néant très spéciale, voguant sans capitaine, sans gouvernail, sans provisions, sans feuille de route, sans destination. Tout est dans la Com, mais cette dernière vit ses derniers instants : les moutons eux-mêmes -à quelques galeux près-, ouvrent les yeux, bien déterminés à ne plus se repaître de promesses aussi vides que mensongères.
    Abel Shlomit, 27avril 2014

  • DEVOIR DE MÉMOIRE

     1619400_10203345510381512_1604132850_n.jpgIL YA 12 ANS, LA RÉBELLION DE OUATTARA ET SORO MASSACRAIT DES DANSEUSES D'ADJANOU DANS LA VILLE DE SAKASSOU

    Les populations de Sakassou ont payé un lourd tribut dans la crise du 19 septembre 2002.

    Sur dix personnes enlevées ce 2 décembre 2002, par les rebelles, dans les villages d'Assandrè et Assafou (département de Sakassou), une seule a eu la vie sauve : Koffi N'goran, une dame originaire d'Assandrè (Agnibonou-Kanouan). Les rebelles reprochaient à leurs victimes d'avoir exécuté la danse "Adjanou" (danse d'exorcisme des femmes en pays Baoulé et Agni) à leur arrivée dans les villages précités. Une action qui, selon eux, visait à leur lancer des sorts qui entraîneraient leur mort.

    Retour sur les crimes crapuleux de rebelles dans le Walèbo. Lumière sur des crimes dont personne (ou presque) ne veut parler.
    Assandrè. Sans doute, le plus important regroupement de villages dans la sous-préfecture de Sakassou. Au nombre de onze villages rassemblés sur le même site depuis 1971, ces populations cultivatrices vivaient, dit-on, dans une harmonie exemplaire jusqu'à l'éclatement de la crise militaro-politique dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002.
    Le 2 décembre 2002, selon des témoignages concordants, recueillis sur place dans le village, tout va basculer. Des rebelles du Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI de Guillaume Soro) venus de Bouaké entrent à Agnibonou, l'un des villages d'Assandrè et celui de feu Amani Goly François, ancien directeur général des Impôts, sous le régime d' Houphouët Boigny.
    Les rebelles, selon les témoignages du village étaient en train de piller la résidence de M. Amani quand l'une des femmes, membres de la danse "Adjanou" a commencé à faire tinter la cloche, instrument qui, d'après les pratiques de l'"Adjanou", invite du coup tous les autres membres à la danse. L'attitude n'est pas du goût des rebelles. Plusieurs coups de kalachnikov, aux dires des témoins sont tirés en l'air. C'est la débandade totale des populations dans le village. Les rebelles sont aux trousses des danseuses qui n'ont même pas eu le temps de se regrouper. Dame Koffi N'goran est capturée sous le prétexte que c'est elle qui aurait fait tinter la cloche. Une accusation qu'elle a rejetée lors de nos échanges avec elle. Aussi, pour les rebelles, cet acte précède-t-il des malédictions que ces danseuses d'"Adjanou" proliféreront à leur endroit. Aux mains des rebelles, sous les regards impuissants des siens, dame Koffi N'goran est battue à sang, humiliée et séquestrée.


    Interdit de danser de l''Adjanou''
    Comme si cette bastonnade ne suffisait pas, les rebelles, selon les témoignages, l'amènent avec eux, dans leur base de Sakassou. Dans la soirée de sa capture, les rebelles reviennent avec l'infortunée à Assandrè et lui exigent de désigner toutes celles qui sont membres de l'"Adjanou". Toutes les danseuses ne sont plus dans le village. Chacune d'elles s'étant réfugiée dans la brousse. Pour les rebelles, c'est un refus d'exécuter leur ordre. Des nouvelles bastonnades s'ensuivent. Plusieurs balles de Kalachnikov sont tirées sur des toits, murs et sur d'autres biens dans des maisons.
    À cette occasion, le vieux Kouadio Yao, plus connu sous le sobriquet de Sadjou, est arrêté. La raison ? Pour les rebelles, l'arrière de sa maison est contiguë au siège de l'"Adjanou". Pour eux, il ne fait guère aucun doute : c'est Sadjou qui a permis aux femmes du village d'installer " l'Adjanou" qu'ils considèrent comme un dangereux fétiche.
    Déterminés à montrer aux habitants du village que personne ne saurait les freiner dans leur élan (pillage de domiciles privés) encore moins les défier, ils arrêtent le vieux Sadjou, sa femme Kouassi Amenan, sa fille Moh Tanou et Kouamé Peubo, un vieillard, malentendant, cousin du vieux Sadjou. Tous sont amenés à Sakassou avec toujours dame Koffi N'goran.
    A Assafou, village situé sur l'axe qui conduit à Assandrè, les rebelles marquent une halte, brutalisent des habitants, terrorisent la population et finissent par arrêter cinq danseuses d'"Adjanou" sans motif valable. Sans motif valable ? En effet, l'argument avancé par les rebelles est surréaliste : « notre voiture à l'entrée de votre village s'est renversé et a causé la mort d'un de nos compagnons. C'est clair que ce sont les danseuses d'''Adjanou'' qui ont fait ce coup par leur danse diabolique qu'elles exécutaient à notre passage», martèle à qui veut l'entendre, un membre du commando.

    21 jours dans un conteneur.
    "(.) Il fait nuit, je ne sais pas. Il fait jour, je ne sais pas. (.)". Ce bout de propos est de dame Koffi N'goran. En effet, enfermée pendant trois semaines dans un conteneur, elle n'a eu la vie sauve que grâce à une connaissance résidant à Bouaké.
    "C'est grâce à une parente qui était venue vérifier sur le terrain, le fait que des personnes ont été enlevées dans le village d'Assandrè, que j'ai eu la vie sauve. En me voyant assise à même le sol, elle a poussé un grand cri d'étonnement en me posant ces questions : Eh ! N'goran es-tu ici aussi ? Depuis quand ? Sans attendre la réponse, elle accourut en ville pour appeler un frère. Celui-ci est venu sans tarder sur les lieux. C'était au carrefour de Béoumi-Sakassou, dans les environs du village de Tchêlêkro. Il a demandé avec instance de me libérer et sur place. Et au chef rebelle de répondre que cette dame sera exécutée dès ce soir comme les premiers avec qui elle est arrivée d'Assandrè et Assafou. À l'issue de tractations, mes parents acceptent de payer 50000 Francs CFA exigés par les rebelles. Ce sont sur les conseils du même chef rebelle qui ne voulait plus que je retourne à Assandrè que je suis allée à Yamoussoukro. Le corps couvert de blessures infectées et traumatisées, j'ai longtemps résidé et, continue de résider dans la capitale politique du pays auprès d'un frère", confie dame Koffi N'goran.
    En effet, notre passage à Assandrè a coïncidé avec la période des obsèques du frère chez qui dame Koffi N'goran a trouvé refuge à Yamoussoukro.

    Minakro, la terre des exécutions.
    Minakro est un village à proximité de Bouaké. Notre interlocutrice le situe sur l'axe routier Bouaké-Katiola. Des renseignements pris avec dame Koffi N'goran et vérifiés à Bouaké confirment la position géographique de ce village. Ils sont cinq au village d'Assafou et quatre à Assandrè, qui ont été sommairement exécutés par les rebelles de Bouaké conduits par le commandant N'Toh Julien, alors chef de guerre de la zone de Sakassou.
    Aussi, a-t-on apprit que ce dernier est mort en 2004. Son remplaçant, Bakary "Djan" (le grand) qui est resté à ce poste jusqu'à la fin de cette rébellion ivoirienne a perdu la raison. Il vit à Bouaké. Nos tentatives de le rencontrer se sont heurtées à des volontés contraires à nos besoins. Mieux, une source qui a requis l'anonymat nous a conseillé la méfiance. " Attention, cher frère. N'oubliez pas la réalité de la calebasse vide de la poudre de piment", a-t-il évoqué. Comme pour dire que bien que le conflit ait pris fin, les velléités de représailles, de la part des ex-rebelles, demeurent intactes.


    Quelles actions pour les Walèbo ?
    Vengeance, réparation, silence. ? Que doivent faire les parents de victimes ? Des hommes et des femmes sont morts. Tués par la rébellion dont Guillaume Soro Kigbafori, député de Ferkessédougou, actuel président de l'Assemblée nationale de Côte d'Ivoire, en était le numéro un, le secrétaire général. Il est vrai que dans les réalités des peuples africains, le cadet du méfait suprême est le pardon. Ce que le temps moderne ne réfute point. Cependant, dans un pays organisé comme la Côte d'Ivoire, il y a un véritable problème du droit qui se pose. Les spécialistes du droit parleront de dédommagements. Aussi, faut-il engager des actions en justice pour y parvenir. Des ressortissants du village d'Assandrè, avec qui nous avions échangé avant notre départ dans ce village, confirment l'inexistence de la moindre action entreprise auprès de tribunaux ; par les parents de victimes. Pis, l'État de Côte d'Ivoire n'a jusque-là rien fait pour réaffirmer son rôle de protecteur de l'ensemble de tous ceux qui vivent dans son territoire. Cependant, dans nos investigations, nous avons découvert que le chef principal (le chef des onze chefs) d'Assandrè, Kouakou Kouamé et Yao Attoungbré Zéphirin, instituteur de son état et témoin des faits, ont été entendus par un juge de Première Instance au niveau du Tribunal d'Abidjan.
    Ils ont été entendus et rien de plus. Sans en donner l'impression, les habitants d'Assandrè et d'Assafou, en ont encore gros sur le cour, onze ans après ces assassinats qui ont endeuillé leurs villages. Des crimes qui seront passés par pertes et profits ? il faut espérer que non.


    Brussi Kouano